Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 13:47

Le débat sur le quotient familial fait rage. Il a été lancé par François Hollande, ce qui lui a valu une volée de bois vert immédiate deS pitbulls sarkozyens.

 

Le candidat socialiste met le doigt sur une question sérieuse mais il en dit trop ou pas assez, ce qui permet à l’UMP de s’engouffrer dans la brèche ainsi ouverte et de nous jouer les protecteurs intransigeants des familles.

 

Il est savoureux de voir les sarkozyens s’ériger en défenseurs de la politique familiale, l’un des piliers de notre protection sociale sur laquelle ils se sont acharnés, durant cinq ans, pour en démolir les fondements.

 

Cette politique familiale a été conçue à la Libération. Il s’agissait, bien sûr, de doper la natalité et, à cette fin, de faire en sorte que l’accueil d’un enfant ne soit pas une charge financière, que les familles avec des enfants vivent au même niveau que celles qui n’en avaient pas. De là sont nés les allocations familiales et le quotient du même nom avec le dispositif des demi-parts et des parts avec effet sur l’impôt.

 

Ce système n’est sans doute pas pour rien dans le fait que la France dispose d’une démographie en croissance à nul autre pareil, notamment en Europe, alors que la situation économique et sociale, l’avenir préoccupent gravement nos concitoyens.

 

Pour autant François Hollande pointe des injustices dans le dispositif. Celui-ci ne donne, par exemple, aucun avantage à la moitié des ménages qui ne sont pas imposables sur le revenu.

 

Pour les autres, et en particulier les 7 millions de foyers qui bénéficient du quotient familial, l’avantage s’accroit non seulement avec le nombre d’enfants mais également avec le niveau de revenus.

 

Ainsi, les 10% des plus riches perçoivent plus du quart des 10 milliards d’€ annuels, du dispositif. En 1982, la gauche avait d’ailleurs instauré un plafond du quotient familial. Mais celui-ci n’intervient qu’à partir de 6,2 smic pour un couple avec deux enfants, ce qui est élevé.

 

François Hollande veut substituer ou moduler le quotient de manière à ce que les familles non imposables disposent d’un crédit d’impôt versé sous forme d’un revenu.

 

Si pour près des deux tiers des ménages, la réforme serait neutre, les 18% les plus modestes percevraient en moyenne 829 € par an tandis que 16% des plus aisés subiraient une diminution de revenu de 931 €. Les ménages disposant  de revenus jusqu’à 3 smic seraient largement bénéficiaires de la réforme.

 

Il y a ensuite le revers de la médaille. La suppression du quotient familial revient à faire disparaitre les demi-parts et les parts par enfants et donc à soumettre à l’impôt sur le revenu 500 000 familles aujourd’hui non imposables. Les foyers aux revenus moyens devront faire face à des hausses d’impôts substantielles.

 

En outre, le quotient familial constitue une condition pour l’obtention de prestations sociales auprès des CAF ou des collectivités. Sa suppression ou sa modulation (encore faut-il en préciser l’ampleur et le contenu) entraînera des conséquences graves sur le niveau de vie de ces foyers.

 

Le plafonnement du quotient familial est sans aucun doute une question à affronter mais la politique familiale n’est pas redistributive. Cette fonction-là relève de l’impôt et notamment d’une réforme fiscale qui consisterait à accroître sa progressivité, à augmenter le nombre de tranches supplémentaires, le taux de la tranche la plus élevée, à imposer le capital au même titre que le travail. Il en est de même du financement de la protection sociale.

 

Mais, enfin, pour une fois, voilà un vrai débat !

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 18:04

A peine la TVA à 7% au lieu de 5% s’est-elle mise en place, le 1er janvier, que Nicolas Sarkozy nous en remet une couche avec son projet de « TVA sociale ».

 

Il est de tradition de demander aux candidats à l’élection présidentielle ce qu’ils feront, en cas de victoire, durant les cent premiers jours de leur mandat.

 

Sarkozy se préoccupe, lui, de ce qu’il fera durant les cent jours qui lui restent à l’Elysée. Il y a un précédent : les cent jours de Napoléon du 1er mars au 22 juin 1815 qui s’achèveront à Sainte-Hélène. Pour Sarko 1er, le sort sera moins funeste. Ce sera Neuilly.

 

Pour l’heure, il s’agit de réaliser un vieux rêve du patronat français : la fiscalisation de la protection sociale.

 

Depuis 1945 et la création de la Sécu, le système est financé grâce aux cotisations versées par les salariés et les employeurs, qui garantissent aux premiers un salaire différé sous forme d’assurance maladie, d’allocations familiales, de retraites.

 

Le patronat a toujours considéré ses contributions comme des coûts, des charges, alors qu’il ne s’agit que de l’une des rémunérations du travail sous forme de prélèvement sur les richesses créées et d’un partage de ces dernières reversées en prestations sociales.

 

La contribution sociale généralisée (CSG) instituée par Michel Rocard en 1990 avait commencé d’enfoncer un coin dans le dispositif en substituant à la cotisation une forme d’imposition. Cette dernière fixée initialement au taux de 1,1% est aujourd’hui à 7,5% suite aux augmentations décidées par tous les gouvernements.

 

Nicolas Sarkozy veut à présent basculer sur la TVA le montant du financement de la branche famille de la Sécu, soit entre 32 et 35 milliards d’euros, ce qui impliquerait une hausse de la TVA de 3% qui la porterait entre 22 et 23%.

 

L’annonce de cette perspective a conduit les membres du gouvernement à quelques déclarations contradictoires, chacun se rappelant qu’en 2007 la proclamation d’un tel projet par Jean-Louis Borloo avait coûté à l’UMP 60 députés aux élections législatives.

 

Les arbitrages ne sont pas rendus, nous dit-on, pour l’heure en évoquant le sommet social du 18 janvier, qui verra sans doute s’exprimer la fronde syndicale.

 

Xavier Bertrand évoque une modulation de ce transfert du financement de la Sécu entre la TVA, la CSG et l’impôt sur les sociétés.

 

Une certitude existe, en tout cas : les salariés vont payer une fois de plus et c’est un nouveau pan de notre protection sociale qui est visé.

 

Il s’agit, selon Sarkozy et ses ministres, d’alléger le coût du travail. Mais ces exonérations de cotisations sociales représentent déjà plus de 70 milliards d’euros de manque à gagner par an, dont 30 milliards au titre des mesures dites pour l’emploi, soit 11% des recettes des URSSAF et l’équivalent du déficit de la Sécu.

 

Les exonérations sur les heures supplémentaires coûtent 3 milliards par an et, au final, découragent les embauches. Les allégements « Fillon » sur les bas salaires coûtent 22 milliards par an et encouragent aux faibles rémunérations, pèsent donc sur la consommation, la production, la croissance et l’emploi.

 

Tous les ans, la Cour des comptes relève que ces dispositifs sont non seulement inefficaces pour l’emploi mais contre-productifs.


Sarkozy nous dit encore que cette « TVA sociale » est anti-délocalisation car elle pourrait ne peser que sur les produits importés. Cela reste à voir car comment sera taxé la boîte de conserve conditionnée en France contenant une jardinière de légumes avec des petits pois venus d’Afrique et des carottes d’Asie.

 

Et pour favoriser le produit français, encore faudrait-il que face à la concurrence étrangère nous les produisions. Faut-il rappeler que nous avons perdu 750 000 emplois industriels en 10 ans.

 

Une telle mesure que Sarkozy veut imposer avant la fin de son mandat serait catastrophique. Elle consacrerait un nouveau matraquage du pouvoir d’achat, conforterait la récession et la progression du chômage.

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 17:42

Depuis dimanche dernier, la TVA à 5,5% est passée à 7%, en particulier dans l’alimentaire.

 

Voici quelques mois seulement et alors que la rumeur s’enflait d’une remise en cause de la taxation à 5,5% dans la restauration, Sarkozy jurait qu’il n’était pas question de faire machine arrière tant nous nous étions battus pour obtenir cette mesure auprès de Bruxelles.

 

Les professionnels sont donc ravis d’avoir ainsi été roulés dans la farine. Si cela les rassure (mais je ne le crois pas), ils ne sont pas les seuls. Cela fera bientôt cinq ans que Nicolas Sarkozy aura dit tout et son contraire. Une seule catégorie est pleinement satisfaite de son action : les actionnaires des entreprises du CAC40 qui vont se partager, au titre des résultats de 2011, 37 milliards d’euros de dividendes.

 

Rappelons-nous tout de même que la fameuse TVA à 5,5% était destinée à mettre fin à une situation dans laquelle les fast food pouvaient fourguer leur camelote indigeste avec une TVA au plus bas à l’inverse de la restauration de tradition.

 

Qu’en est-il donc depuis le 1er janvier ? Bercy vient de publier un projet d’instruction fiscale qui fleure bon l’usine à gaz.

 

Il comporte un tableau synthétique avec une règle, des exceptions et des exceptions aux exceptions.

 

Donc, tous les produits alimentaires préparés pour être consommés immédiatement sont désormais taxés à 7%. C’est le cas de l’essentiel des sandwichs, hamburgers et autres sushis. Sauf s’il s’agit de produits surgelés, auquel cas ils ne sont pas destinés à être consommés immédiatement et sont donc taxés à 5,5%.

 

Mais exception à l’exception, le cas des hamburgers, sushi ou pizzas surgelés qui sont taxés à 7% s’ils sont vendus dans un commerce qui propose un micro-ondes pour les réchauffer et un « mange-debout » où le client peut s’attabler.

 

Pour les salades composées, la distinction est subtile : avec couverts plastiques et/ou assaisonnement, c’est 7% parce que la consommation immédiate est probable. Sans couverts et/ou sans sauce, c’est 5,5%.

 

Pour les quiches, les pizzas, mais aussi la glace, la différence vient de l’emballage. Si le conditionnement permet de conserver le produit, alors il faut taxer à 5,5%, sinon c’est 7%.

 

Les chips, les yaourts, même avec cuillère, les fruits restent taxés à 5,5%.

 

Bon alors que se passe-t-il si un client s’installe sur un « mange-debout » dans la boulangerie pour grignoter son croissant ou déguster sa salade composée dans le magasin après avoir sorti de sa poche des couverts plastiques ou encore consomme sa part de galette des rois après avoir demandé au boulanger de lui réchauffer ? Bonjour le casse-tête !

 

Comme le disait le secrétaire général de la confédération de la boulangerie en des termes fort pudiques : «  le projet d’instruction de Bercy n’a pas tout éclairci ».

 

C’est le moins que l’on puisse dire. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le pouvoir d’achat des citoyens va en prendre un nouveau coup.

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 09:28

Les français auront fêté, à la mesure de leurs moyens respectifs, Noël et la nouvelle année. Ils n’auront sans doute pas débouché le champagne pour les 10 ans de l’euro.

 

Voilà, en effet, une décennie que la monnaie unique européenne emplit nos porte-monnaie ou plutôt s’en échappe.

 

Que ne nous avait-on pourtant promis ?

 

Jacques Chirac, alors Président de la République en 2002, nous assurait que l’euro serait une chance et signifierait emploi, croissance, stabilité financière et prix bas.

 

Dominique Strauss-Kahn, Ministre de l’économie de 1997 à 1999, nous certifiait que l’euro serait « le meilleur instrument possible de maîtrise de la mondialisation ».

 

Nous savons ce qu’il en est. Ce qui valait 1 franc vaut au bas mot 1 euro, soit 6,5 fois plus cher. Depuis 2002, 750 000 emplois industriels ont disparu en France, ce que l’euro a encouragé sur fond de dumping social, de concurrence sauvage en Europe même et bien sûr à l’échelle du monde, le tout destiné à accroître les marges du capital.

 

Depuis 2008, nous savons où tout cela nous mène, d’abord avec la crise des subprimes puis avec la crise financière actuelle expression exacerbée, de la dérive économique, qui conduit à rentabiliser le capital par la spéculation et non par la création de richesses, fruits du travail.

 

Les peuples se sont appauvris sous le joug des politiques d’austérité qui leur ont été imposées. Qu’importe ! Qu’ils vivent à crédit et s’ils ne peuvent rembourser, le monopoly financier y pourvoira… jusqu’à l’asphyxie.

 

Nous y sommes jusqu’au cou car la parade trouvée nous a plongés dans la financiarisation de l’économie, la spéculation et l’endettement.

 

L’euro n’était pas destiné à nous sortir de la spirale mais à nous y faire plonger. Il demeure plus que jamais un instrument en Europe de la mondialisation capitaliste, qui a placé les marchés financiers aux commandes en lieu et place des gouvernements qui leur ont rendu les armes.

 

Cette fuite en avant se poursuit avec l’élaboration d’un nouveau traité destiné à mettre les nations sous tutelle avec la règle d’or et les sanctions automatiques pour les mauvais élèves, l’austérité constitutionnalisée, ce qui ne peut conduire qu’à la récession et à l’enfoncement dans une voie dont on ne voit pas l’issue, si nous ne sortons pas de cette logique infernale.

 

Tel est bien le défi de la période qui s‘ouvre et de l’année 2012 qui débute. L’indignation populaire, qui s’est manifestée partout en Europe en 2011, doit imposer qu’on change la donne.

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 09:27

Nous avions connu, en 2007 et, avant, au Ministère de l’intérieur, Sarko en shérif pourfendeur de racailles et de délinquants. Nous avons maintenant Guéant grand agitateur de bras en forme de moulin à vent et brasseur d’air.

 

Le problème réside dans la crédibilité de cette agitation ministérielle permanente inversement proportionnelle aux résultats obtenus.

 

Guéant a été nommé place Beauvau en février. Le 5 mai, il débarquait à Marseille après qu’eurent succombé sous les balles un adolescent de 15 ans et un petit caïd des quartiers nord.

 

« Face aux règlements de comptes… nous devons réagir fortement », déclarait sur place le premier flic de France.


Suite à ces proclamations martiales, deux autres individus se faisaient descendre dans des conditions similaires puis un troisième en juin.

 

Le 30 juin, Guéant re-déboule sur la Canebière.

 

La visite est suivie de trois nouveaux morts par fusillades en juillet.

 

Le 29 août, Guéant va installer son nouveau Préfet, ex-dirigeant adjoint de cabinet. Son prédécesseur est viré après avoir été seulement huit mois en fonction.

 

« La situation mérite des réponses vigoureuses », déclare le Ministre justicier.


De fait, le soir même, on devait déplorer l’exécution par balles d’une nouvelle victime. Depuis cinq autres ont été descendus ; un policier a été abattu à Vitrolles et, à Noël, trois jeunes sont morts par balles et brûlés dans une voiture.

 

A quand la prochaine visite de Guéant ?

 

La réalité est que nous sommes, à Marseille et dans tant d’autres quartiers ailleurs, devant des cités ravagées par la crise, transformées en ghettos, où règnent la délinquance, la pègre et l’économie parallèle, où la République a déserté malgré les efforts souvent considérables des municipalités.

 

La reconquête de ces territoires ne passent pas par les rodomontades de Sarkozy ou de Guéant, mais par une vraie volonté politique de regagner ces quartiers, d’y réinstaller la présence de la République, de recréer de la proximité avec les habitants, de rompre avec la logique du ghetto que renforcent des présences policières ponctuelles en cas de crise. Et, bien évidemment, nous ne briserons les économies parallèles qu’en redonnant vie à une économie réelle créatrice de richesses et d’emplois.

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE

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