Le débat sur le quotient familial fait rage. Il a été lancé par François Hollande, ce qui lui a valu une volée de bois vert immédiate deS pitbulls sarkozyens.
Le candidat socialiste met le doigt sur une question sérieuse mais il en dit trop ou pas assez, ce qui permet à l’UMP de s’engouffrer dans la brèche ainsi ouverte et de nous jouer les protecteurs intransigeants des familles.
Il est savoureux de voir les sarkozyens s’ériger en défenseurs de la politique familiale, l’un des piliers de notre protection sociale sur laquelle ils se sont acharnés, durant cinq ans, pour en démolir les fondements.
Cette politique familiale a été conçue à la Libération. Il s’agissait, bien sûr, de doper la natalité et, à cette fin, de faire en sorte que l’accueil d’un enfant ne soit pas une charge financière, que les familles avec des enfants vivent au même niveau que celles qui n’en avaient pas. De là sont nés les allocations familiales et le quotient du même nom avec le dispositif des demi-parts et des parts avec effet sur l’impôt.
Ce système n’est sans doute pas pour rien dans le fait que la France dispose d’une démographie en croissance à nul autre pareil, notamment en Europe, alors que la situation économique et sociale, l’avenir préoccupent gravement nos concitoyens.
Pour autant François Hollande pointe des injustices dans le dispositif. Celui-ci ne donne, par exemple, aucun avantage à la moitié des ménages qui ne sont pas imposables sur le revenu.
Pour les autres, et en particulier les 7 millions de foyers qui bénéficient du quotient familial, l’avantage s’accroit non seulement avec le nombre d’enfants mais également avec le niveau de revenus.
Ainsi, les 10% des plus riches perçoivent plus du quart des 10 milliards d’€ annuels, du dispositif. En 1982, la gauche avait d’ailleurs instauré un plafond du quotient familial. Mais celui-ci n’intervient qu’à partir de 6,2 smic pour un couple avec deux enfants, ce qui est élevé.
François Hollande veut substituer ou moduler le quotient de manière à ce que les familles non imposables disposent d’un crédit d’impôt versé sous forme d’un revenu.
Si pour près des deux tiers des ménages, la réforme serait neutre, les 18% les plus modestes percevraient en moyenne 829 € par an tandis que 16% des plus aisés subiraient une diminution de revenu de 931 €. Les ménages disposant de revenus jusqu’à 3 smic seraient largement bénéficiaires de la réforme.
Il y a ensuite le revers de la médaille. La suppression du quotient familial revient à faire disparaitre les demi-parts et les parts par enfants et donc à soumettre à l’impôt sur le revenu 500 000 familles aujourd’hui non imposables. Les foyers aux revenus moyens devront faire face à des hausses d’impôts substantielles.
En outre, le quotient familial constitue une condition pour l’obtention de prestations sociales auprès des CAF ou des collectivités. Sa suppression ou sa modulation (encore faut-il en préciser l’ampleur et le contenu) entraînera des conséquences graves sur le niveau de vie de ces foyers.
Le plafonnement du quotient familial est sans aucun doute une question à affronter mais la politique familiale n’est pas redistributive. Cette fonction-là relève de l’impôt et notamment d’une réforme fiscale qui consisterait à accroître sa progressivité, à augmenter le nombre de tranches supplémentaires, le taux de la tranche la plus élevée, à imposer le capital au même titre que le travail. Il en est de même du financement de la protection sociale.
Mais, enfin, pour une fois, voilà un vrai débat !


